1 avril 2011

The Fighter - David O. Russell - 2011

Bienvenue dans l'Amérique dite profonde, celle des rednecks qui ne jurent que par le lien familial, la bière et les concours de pets. La famille Eklund/Ward est composée de la mère, Alice, une Carmela Soprano dégénérée avec les thunes en moins, sept sœurs 'très distinguées' (savant mélange de Roseline Groseille et de la femme à barbe) et de deux frères : Micky et Dicky. Oui, c'est un peu la famille de Cleytus dans les Simpson.
Dicky (Christian Bale, qui doit pas peser plus lourd que Kate Moss mouillée sortant d'un brunch à la saucisse, toujours parfait) s'est assis sur son passé de boxeur pro et entraine son frérot à marcher dans ses pas. Maman tient les comptes et organise les combats, papa coache, les sœurs font les groupies et Micky (Mark Wahlberg) fait ce qu'il peut pour rendre tout ce petit monde aussi fier de lui qu'ils le sont de Dicky, seule réussite de la famille.
En clair, le véritable auteur du film n'est pas son réalisateur mais son producteur, Mark Wahlberg. Il fut l'idole des pucelles dans les 90's en ayant suivi son grand frère Donnie dans l'aventure NKOTB, un des premiers boys bands de l'époque. Comme Miky Ward avec sa famille, Marky Mark a longtemps cherché à contenter une bande d'amateurs qui s'improvisaient imprésarios (nous aussi on en connait beaucoup) et finissait parfois par faire n'importe quoi (comme cette photo). Mark Wahlberg, le producteur, nous a déjà conté dans la très bonne série Entourage les déboires d'un jeune comédien qui veut réussir à Hollywood malgré un "entourage" de clampins.
Peut être trop occupé à canaliser sa famille, Walberg galère pour faire The Fighter et bien qu'il ait trouvé le Dicky idéal avec Bale, il parie sur le mauvais canasson en choisissant Russel derrière la caméra. Peut-être là par pur opportunisme (ne soyez pas naïfs, quand les frères Weinstein, producteurs et distributeurs du film, vous offrent un film comme ça, on parle Oscar avant la signature du contrat), Russel semble dépassé à tous les niveaux. Le premier tiers du film semble présenter Dicky (Bale) comme le personnage principal puis se recentre vers Micky pour encore une fois se faire voler la vedette par Dicky jusqu'à ce qu'il reprenne son titre de lead character jusqu'au gong final. Autant dire que le scénario s'éparpille. Un peu à l'image de ce boxeur qui a besoin de son frère pour être un champion, Russel se planterait sans ses acteurs, surtout les seconds rôles. L'histoire est poignante, Christian Bale et Amy Adams sont excellents, Walberg ni nul ni bon... bien au contraire (sic), et le bon choix de Russel (si c'est le sien) de foutre des pures têtes de cul dans le film n'est certes pas nouveau à Hollywood mais fonctionne plutôt bien.

Pour ce qui est des combats de boxe, on sent que rien n'est travaillé, la technique comme la chorégraphie, des entrainements aux combats filmés à la vidéo, pour faire TV mais pas plus. C'est con d'avoir une idée et de ne pas aller jusqu'au bout. Ces mêmes combats ressemblent plus à des échanges de claques dignes d'une barbichette qu'au monumental Raging Bull de Scorsese.

C'est pourtant sur les traces du duo DeNiro-Scorsese (dans Raging Bull surtout) que Marky veut marcher mais sans inspiration derrière la caméra, il n'y a que les acteurs pour sauver le film. Le principal écueil du film de David O. Russel est que Micky Ward aurait pu être boulanger, cela n'aurait rien changé à l'histoire. Dans Raging Bull, Jack La Motta est clairement fait pour être boxeur et malheureusement peut-être que pour cela. Sa rage naturelle, qui lui vaut son surnom, détruit sa vie. La boxe a donc une influence sur le personnage, et la présence de combats est logique, d'où l'intérêt pour Scorsese d'en faire de grands moments de grâce. Là se situe la beauté de son personnage.  Pour The Fighter, le titre du film ne se justifie que par le statut  professionnel et non le tempérament de Micky Ward. Il est boxeur... ok. Il a des problèmes avec sa famille mais les autres les règlent à sa place : Charlène pour qu'il s'entraine ailleurs, Dicky pour réconcilier Charlène avec Micky. Ce Micky n'agit pas, il subit au lieu d'encaisser (pourtant le  talent de Micky le Boxeur), ce qui est une différence, être boxeur ne lui sert à rien dans le film, pas étonnant que le réal ne propose pas grand chose d'intéressant avec ses combats de boxe.

Essayez d'imaginer Micky Ward bûcheron, le film s'appellerait peut être The Lumberjack, mais l'histoire serait exactement la même, c'est bien pour l'universalité, mais ça reste fade au palais.

29 mars 2011

True grit - Ethan & Joel Coen - 2011

Chalut l'ami ! Chi t'aimes les weshterns avec des mecs qu'ont les qui chuinte, bah tu vas kiffer True grit ! Yep (rrriicckk pflu).
Alors si j'ai bien compris, True grit c'est l'histoire d'une adolescente qui part à la recherche de l'assassin de son père. Elle s'adresse au chasseur de prime le plus réputé du comté (et qui a le plus de cran), Rooster Cogburn, alcolo et rustre notoire. Parallèlement, Matt Damon le Texas Ranger (qui chuinte aussi) traque le dit assassin pour des faits pas très reluisants dans la contrée de Chuck "Walker" Norris.
La question qui me trucule, c'est surtout pourquoi les mecs chuintent-ils ? Question de chicots pourris et donc manquants ? Parce que c'était la coutume américaine à l'époque ? Parce que quand les gosses étaient petits, papa Cohen racontait des histoires de chercheurs d'or avec cet accent ? Sinon peut-être qu'à l'Actor Studio, c'est comme ça qu'on dit qu'il faut jouer... (jouer quoi ?) Mystère et boule de branches passant dans le désert... D'ailleurs je comprends pas non plus pourquoi Isabelle Mergaut n'apparaît pas dans les crédits... Elle aurait fait une excellente tenancière de bordel. (Et sinon le film ?...)
 
A part ça, je me suis quand-même moins ennuyée que devant un western spaghetti normal (oui en effet ce n'est pas un western spaghetti du tout), mais je me suis tout de même un petit peu fait chier : les rebondissements sont assez prévisibles (si moi je les ai vus venir, alors vous imaginez bien le degré de prévisibilité !!) et puis c'est quand-même bourré de bons sentiments, la petite fille pugnace et pleine d'idéaux (lesquels ?) qui va faire fondre le cœur du vieux briscard désabusé... Waouh, c'est du jamais vu.

Ma partenaire a visiblement dormit par intermittence tant son discours sent bon le nawak. Oui, True Grit est jonché de bons sentiments mais l'originalité (si on peut dire ça d'une adaptation) c'est que la gamine n'a qu'un "idéal" voir l'assassin de son père 6 pieds sous terre ; que cette même gamine est drôlement couillue pour son âge et qu'elle est super crédible ; enfin son rapport avec Rooster est tout sauf évident tant ils ne font que se tester tout le long du film (d'où le titre aussi). Si les bons sentiments et les histoires prévisibles faisaient de mauvais films, nous devrions jeter aux ordures des films comme Le Parain, Casablanca, Lawrence d'Arabie, La nuit nous appartient etc. Les frères Cohen conjuguent parfaitement leur univers de personnages foireux avec l'Amérique post-sécession du roman. Les codes du western sont complètement revus à commencer par les duels, ici absents. Comme pour The barber et son lien au film noir, True Grit est un western qui ne dit pas son nom.

Moi qui ne suis pas plus fan de western que de comédie romantique avec Jennifer Aniston ou Judd Law, je prends mon pied. True Grit est une histoire honnête, sans prétention, brillamment réalisée, les plans sont magnifiques sans être m'as-tu-vu, les comédiens impec, un film qui glisse tous seul quoi ! Un film qui mérite 3 étoiles ***, quand on voit tous ces films qui ne s'assument pas (Black Swan) et qui ne tiennent jamais leur promesse (The King's Speech), on se rassure et apprécie à leur juste valeur des films comme True Grit. Bon moi je vais me mater The Last Boy Scout, bonne soirée.

27 mars 2011

127 heures - Danny Boyle - 2011

Moi, voir un film sur un mec qui s'auto-mutile ? Alors ça, zamais ! Déjà que j'ai gravement souffert pour les ongles de Nathalie Portman dans Black Swan, que j'ai refusé d'aller voir Burried par peur de la suffocation, là c'était juste pas possible.
Bon bah finalement j'ai accepté, parce que c'était la pénurie de films cette semaine là et parce qu'au final, l'histoire de ce mec, Aron Ralston, m'avait toujours fascinée au plus haut point.
Le postulat de départ est simple : on a un mec, seul, entre deux parois rocheuses, pendant plusieurs jours (127 heures, faites le compte vous-même, j'ai fais un bac L). Comment faire un film là-dessus ? Ou plutôt comment réussir un film là-dessus ?
Ça faisait bien longtemps qu'un film aussi simple, frais et vrai ne m'avait autant enthousiasmée, à tel point que je pourrais presque retourner le voir quelques jours après l'avoir digéré. Ce qui fait de ce film un si bon film tient je pense d'une part à la prouesse technique de tenir le spectateur éveillé sur un scénario si "mince" et d'autre part (mais qui au final nourrit la première) à la performance ou disons plutôt à l'apparente facilité et fraicheur de James Franco.
Pas une goutte de pathos (sauf peut-être l'espèce de vision gnan-gnan blonde de la fin... dans laquelle on se laisse prendre volontiers, vu l'heure et demie que l'on vient de passer), une pointe d'humour, une BO au poil, un rythme parfaitement maîtrisé et des trésors d'idées pour faire passer la pilule d'un mec au fond du gouffre. Le film surprend déjà sur ce postulat, tout le monde s'attend à 1h30 de boucherie et de douleur et au final on ne comptera que 5 minutes d'automutilation. Au lieu de ça on se retrouve face à l'introspection d'un mec qui à "le mental". Chose évidente quand on y pense, toujours est-il qu'il faut savoir le faire et le duo de scénaristes Boyle-Beaufoy réussit dans la simplicité la plus évidente en prenant un parti simple : se dire que quand tu fais une connerie, tu reviens en arrière et penses à tes conneries. Ajoutez à cela des oppositions foule/désert, nature belle/cruelle, individualisme/solidarité... vous obtenez le plus surprenant des feel-good movie (genre généralement prévisible et cul-cul au possible).
Et James Franco, JAMES FRANCO !!! Les oscars ne se sont vraiment pas trompés en le faisant figurer dans la liste des nominés de 2011. Voilà pour 127 heures.

19 février 2011

Black Swan - Daren Aronofsky - 2010

"La sortie du film Black Swan ce mercredi 9 février est incontestablement l'un des événements cinématographiques de cette saison. Après The Wrestler en 2008, salué par la critique, Darren Aronofsky s’attaque cette fois au monde de la danse. Le réalisateur de Requiem for a Dream signe un film fidèle à son style unique et audacieux qui sublime une Nathalie Portman au sommet de son art. Chargé en effets spéciaux plus stupéfiants les uns des autres, Black Swan repose sur un scénario plutôt simple, l’histoire d’une danseuse étoile schizophrène (Nina), sélectionnée pour interpréter le rôle titre du prestigieux Lac des Cygnes." (Le Figaro) 
«Le cinéaste est allé jusqu'au bout de ses fantasmes, de ses hallucinations. Il les agence sur un rythme exaltant et épuisant pour la plus grande joie des amateurs de sensations fortes» (Le Monde)

Ne soyons pas de mauvaise foi, la critique est partagée (c'est le cas au sein de la rédaction de Tib-O-Rama), sauf si vous ne regardez que la télé. Mais il est toujours amusant de noter la jubilation des journalistes lorsque leur critique de comptoir défend un film tellement comme ceux qu'ils descendent habituellement. Une fois le joli papier cadeau arraché, Black Swan est un film aussi percutant et profond qu'un Saw 7, Souviens-toi l'été dernier et consorts (en même temps, parfois le papier cadeau c'est bien aussi, c'est joli).

Sortir du contexte de l'adolescence, des bières, des t-shirts mouillés, des spring-breaks et courses d'autos tunées suffit visiblement à en convaincre beaucoup que Daren Aronofsky n'emprunte pas les sentiers battus du thriller contemporain. Ajoutez à cela une bonne abondance de plans à l'épaule et une image granuleuse et le "cinéphile" sera aux anges (non, c'est pas vrai, moi ça m'a donné envie de vomir), persuadé de regarder du bon cinéma. Si Black Swan existe, c'est pour toutes ses intentions de film original (sic), sur un milieu peu traité (c'est vrai) (ah quand-même, tu lui accordes au moins ça, c'est trop beau les tutus, quoi !), avec une actrice qui se découvre  une palette de jeu (dans Closer, pas génial, Nathalie Portman cassait alors son côté prude) (tu avoueras quand-même qu'elle porte plutôt bien le rôle...si on enlève toutes les scènes redondantes où on lit la détresse de sa frigidité dans ses yeux). Concrètement, le film n'attendra pas longtemps pour tenir sa promesse de "film d'auteur" : au bout de 45 min "on regarde la montre" (on ? non, tu ! Et puis en fait, non, tu regardais même pas ta montre, tu t'enfonçais la joue dans le poing, posé sur l'accoudoir). Tourner en rond entre la chambre de Nina (l'héroïne) et ses répétitions  fatigue tellement que l'on finit par être aussi tendu que (la peau du visage de) sa mère. Car on l'a bien vite compris, Nina est une fille à maman, mais "l'audacieux" réalisateur insiste (A base de nombreux ongles arrachés qui m'ont fait me tordre les doigts sur mon siège). Le problème de Nina, immédiatement pointé par Thomas (Vincent "transparent" /touffe de papi Cassel) c'est son puritanisme. Le problème d'Aronofsky c'est qu'il ne donne rien de plus épatant qu'une scène de masturbation (retenez la chute de cette scène) et une descente en boite de nuit pour chercher des mecs... c'est American Pie là. Singer une rivalité alors que l'on a bien assez tôt compris le trouble psychologique de l'héroïne est un autre signe d'entêtement du réalisateur. Ajoutez des gros plans sur le personnage en train de hurler/stresser, des effets sonores grossiers pour stabiloter le suspens et les moments de schizophrénie, ajoutez une musique assourdissante au climax pour stresser le public et vous obtenez... Scream ou Saw, au choix. Pour couronner le tout, le "scénario plutôt simple" (dixit le Figaro) a une écriture tellement scolaire que passée la scène de la boite de nuit, on connait déjà la fin de l'histoire (pour ceux qui ne connaissent pas déjà le lac des Cygnes) : dans ce cas, passez votre chemin, ne passez pas par la case départ et ne touchez pas 20 000Frs. (Perso, moi qui l'ai vu, je me suis dit jusqu'au bout que ça n'allait peut-être pas être si tragique...) Daren Aronofsky ne cherche pas à étonner le cinéphile ou l'amateur d'opéra, ses ficelles sont trop grosses pour surprendre ce type de spectateurs. Les "fins cinéphiles" vous vendront le thème du sacrifice corporel où Aronofsky met en image l'expression "casser 3 pattes à un canard" en brisant celles de Nathalie Portman (rires dans la salle garanti). Entre American Pie et les blagues de Toto, il faut saluer l'humour de ce mec  ! (Mais arrête, c'était aussi affreux que les histoires d'ongles et tout ça ! aaahhhrrrggg affreux !!)

Maintenant c'est clair, il cherche le succès commercial avec la mention "Auteur", mais sans le savoir faire d'un Spielberg ou d'un Scorsese. Le hic c'est qu'il n'est pas nécessaire de travestir une histoire en film élitiste pour n'avoir à offrir rien d'autre que le énième thriller de schizo d'Hollywood, avec les même ressorts vus et revus de Shutter Island à Psychose en passant (plus récemment) par  Fight Club, The Machinist, Identity, There Will be Blood... La seule sensation que me laisse Black Swan en fin de film, c'est que Daren Aronofsky cherche à plaire à un certain public grolandais, comme si on  devait s'excuser de faire ou de voir un divertissement. 

S'il me reste un peu de place pour dire ce que je pense, j'ajouterai juste qu'encore une fois, y en a mare (aux canards) de la rumeur et de la critique qui en fait des caaaaaaaaaaaaisses sur un film. Pour moi c'était un bon film, porté par une excellente actrice, un que je regarderai peut-être à nouveau, mais pas de quoi faire la queue dans le froid pendant 1 heure. Ce qui explique à posteriori qu'on a bien fait de gruger tout le monde ! ahahahah !

14 février 2011

The King's Speech - Tom Hooper - 2010

B'b'b'b'b'b'b'b'bBonjour! J'j'j'j'j'j'j'je parle c'c'c'c'comme une harley c'c'c'c'c'c'coincée dans les bouchons, j''j'j'j'j'j'j'j'j'je suis ?
Alors King's Speech c'est l'histoire de Don King qui monte sur le ring. Mais avant d'enfiler ses gants, il fait un speech. Nan, c'est pas vrai.
En vrai, King's Speech, c'est un nouveau sandwich à la langue de chez Burger King. Nan, c'est pas vrai.
Pour de vraiment vrai, The King's Speech, c'est l'histoire de l'arrière-grand-père par alliance de Kate Middleton, alias l'arrière-papi de William d'Angleterre, le papa de madame la Reine pastel qui fait des coucous à la plèbe depuis son balcon. Et donc le papa de la Momie était bègue, parce que son propre papa n'était pas sympa, sa mère un peu rèche et son frère, l'héritier proclamé du trône, ouvertement allergique aux protocoles royaux.
Propulsé au pouvoir tel un suppositoire intra-muros, Bertie le bègue se voit contraint de "consulter". Heureusement que pendant ce temps, sa petite femme écume les pages jaunes de Londres pour trouver le thérapeute capable de résoudre le défaut d'élocution de sa tendre moitié. Et ce thérapeute, c'est une sorte de David Lynch sans les cheveux blancs. Ses origines australiennes l'autorisent à faire le foufou et à être légèrement décadent, contrastant ainsi avec la rigor mortem de la famille royale et de son entourage. Son bureau est très joli mais mal entretenu.

King's speech est il un film intéressant ? Non, à peine sympathique (quand même, t'y vas un peu fort, je trouve).  On s'ennuie sec malgré les déconnades du roi des bègues et son thérapeute. Pourquoi s'ennuie-t-on ? Parce que le film ne tient pas ses promesses et la première, pourquoi le roi bégaie, n'est pas creusée et n'apporte rien au récit. La réponse n'est pas creusée mais bâclée. On a une vague idée du poids du protocole sur le bégaiement du roi. Les liens familiaux semblent jouer sur son malaise, mais il n'en sort pas grand chose. Le roi George VI reste aux talons de son frère pour guetter le faux pas et prendre le trône (dit comme ça, on pourrait croire qu'il y a du suspens mais non, c'est l'histoire, c'est déjà écrit), comme ça il a un peu de travers. Sinon, il s'est fait un nouvel ami, son thérapeute, un homme du peuple et tout le monde est content.

Excusez-moi de me contredire, dans un billet je précisais que je n'irais pas voir ce film. Le problème c'est que lorsque l'on est siamois, ce que va voir l'un, l'autre le voit aussi. Bref, épargnez-vous le déplacement. Le baratin, les oscars, etc... c'est juste pour remplir les cérémonies.

11 février 2011

Memories of murder - Bong Joon-ho - 2003

http://koreanfilm.org/memories5.jpgAu rayon polar, le pays du matin calme n'a rien a envier aux français et encore moins aux ricains. Au contraire, la Corée propose et Memories of murder (avec un titre comme ça, y a de quoi se demander si on parle de la Corée du Nord ou du Sud) donne le ton. Second film d'un des nombreux 1er de la classe coréens, M.O.M (pour faire court) est un film de genre singulier ou se mêlent habilement meurtres glauques, poésie paysagère, critique politique et humour de manga.

Si j'ai bien compris, on est en 1986, à l'époque où nous faisions des châteaux de sable pendant que nos papas grillaient des saucisses en moule bite. Un petit village coréen est alors frappé par un tueur en série, vicieux et lubrique. C'est souvent l'image que l'on se fait des serial killers, mais aussi parallèlement des Japonais, eux aussi aficionados de petites culottes et autres sous-vêtements féminins. Mais revenons-en à l'histoire. Les flics du village sont submergés par leur amateurisme (aveux par la torture, perte de preuves et fausses pistes à répétition) et la capitale leur envoie donc du renfort, en la personne d'un flic à peine plus doué, mais au moins plus intègre. Rien de très original, hein ? (T'en vois beaucoup des film avec des flics foireux ?...) (bah oui, ne serait-ce que dans la monumentale série The Wire, l'équipe de bras cassés met beaucoup de temps à briller par ses écoutes !) ( On n'a pas vu la même série; tu confonds une hiérarchie qui fait ralenti le travail avec des bras cassés, les quelques éléments feignants ont vite sauté, passons).

Effectivement, sauf que là où les amerloques nous auraient collé cinq courses poursuites, trois fusillades et un renfort de trente voitures de police et le FBI au cul dans la scène finale, là où les camemberts nous auraient foutu Olivier Marchal en veste kaki qui essaie de faire comme il peut pour convaincre le tueur de lâcher sa dernière proie avant de la tuer, parce qu'il n'a justement que Julie Lescaut comme renfort et qu'elle est tombée pendant la scène de la course poursuite (reprenons donc le tout début de la phrase maintenant) et bien Bong Joon-ho lui, surprend et offre une ultime faiblesse à ses personnages.

Sans être haletant ou rempli de suspense ("la vérité est ailleurs..."), M.O.M sait très bien où taper pour captiver le spectateur, et ce n'est sûrement pas dans le spectaculaire. Oh oui ! Mamie va pouvoir regarder ce film sans risquer l'arrêt cardiaque. La réalisation offre des images léchées mais sans surenchère de mouvements de caméra frénétiques. Chacune des scènes est rythmée comme un Tex Avery, offrant un retournement de situation qui nous plonge tantôt dans l'humour, tantôt dans le tragique. Bong Joon-Ho ne blâme pas ici ses personnages mais plutôt leur condition. Plus tard, on retrouvera l'influence de ce film sur le cinéma américain et notamment avec Zodiac (de David Fincher) qui en est un très bonne exemple.

9 février 2011

L.A Confidential - Curtis Hanson - 1997

http://blogs.amctv.com/movie-blog/la-confidential-pearce560.jpg
AÏE AÏE AÏE, voilà une équipe qui fait très très mal. Le cast : Kevin Spacey, Russel Crowe, Guy Pearce (Memento), Kim "putaintuvieillis" Bassinger, Dany de Vito et blablabla. Le crew : James Elroy (l'adapté), Brian Helgeland (l'adaptateur, also known for Payback, Mystic River, Man on Fire...), Jerry Goldsmith (au clavier, comme pour Rambo, Gremlins, Total Recall, Basic Instinct...), Dante Spinotti (aux lights , comme dans Mindhunter, Le dernier des Mohicans, HEAT, Public Enemies, oui ! C'est le chef op' de Michael Mann) et pour réaliser Curtis Hanson (8 mile), on aurait pu trouver mieux comme réal' mais c'est déjà pas mal. Au final, 9 nominations aux Oscars et seulement 2 récompenses, merde ! Ils sont tombés la même année que Titanic (tudhhudhhhuuuu dhudhudhuuu dhûûûû) (11 Oscars, le record). Bon sinon c'est très bien tout ça, mais le film, que dit-il ?

Il dit que c'est pas possible d'interroger une blonde pulpeuse sans succomber à ses charmes ?
Il dit que les années 50 et L.A. c'est trop classe comme contexte ?
Il dit que derrière trois nègres se cache une conspiration des francs-maçons ?
Pas tout fait, mais en tout cas, le film nous dit très bien qu'on va se faire mener par le bout du nez jusqu'à la scène finale, où tout le monde meurt dans d'atroces souffrances, nan c'est pas vrai.
Il s'agit en effet de l'enquête de trois policiers de choc, le vendu de mèche avec la presse, le cogneur, qui défend plus la veuve que l'orphelin et le petit fils à papa qui vendrait sa chemise pour la loi et l'ordre (et surtout grimper dans la hiérarchie), tous issus de branches différentes de la police. A chaque parcours sa destinée. Mais quand ces trois flics plus ou moins verreux finissent par comprendre que l'enquête qu'ils viennent de conclure sent le pipi, un sursaut d'honneur et l'envie d'être de "GOOD POLICE" les replongent dans l'enquête.

Un film noir dans la plus pure tradition de l'âge d'or hollywoodien (les 50's justement). On retrouve surtout l'esprit d'Ellroy : l'odeur des bas-fonds, les crimes racistes et les faits divers, la corruption et le charme dans tous ce qu'il a de tordu. L.A Confidential est donc la meilleure adaptation d'Ellroy (il le dit lui même, pour une fois). Bref, un sans faute à voire et revoir etc.

3 février 2011

LA FLEMME !

http://www.toutelatele.com/IMG/arton15095.jpgLa température est redescendue en dessous de zéro. On est bien au chaud à se mater des films, mais quand on habite près d'un MK2, on n'a pas grand chose à se mettre sous la dent en ce début de 2011. On a droit à tous les films "immanquables" qu'on oubliera vite : le "dernier Sofia Coppola" (c'est comme ça que les gens appellent le film), pour les parisiens qui veulent avoir de la contenance pendant leurs diners en ville ("- c'était génial... elle surpasse son père, non ? - OUI ! Elle illumine ma rétine. - Ok , mais en quoi ?... - Ben c'est très profond et j'aime beaucoup les films profonds."). Mais aussi, Le discours d'un roi, concourant pour les oscars et que la critique salue pour la performance de Colin Firth (comme pour A Single Man l'an passé, que tout le monde a déjà oublié), il faut comprendre donc qu'à part l'acteur, le film ne va pas chercher loin, ne demandez pas l'auteur du film c'est indécent. La semaine prochaine arrive Black Swan, de Daren Aronofski (Requiem For A Dream, The Fountain), un réalisateur talentueux (sans ambiguïté) qui depuis The Wrestler arrive à faire croire à la presse que ses principaux acteurs n'étaient rien ou des oubliés avant de passer devant sa caméra. Quant aux amateurs d'humour putassier et aux fans de Gondry, ils peuvent se retrouver dans la même salle pour voir The Green Hornet. La déception risque d'être rude car il faut croire que ni le "best clip director ever", ni Seth Rogen semblent tirer leur ver du jeu (sic!) puisque c'est Neal H. Morritz, le producteur des Fast and Furious et autres films pour kékés, qui mène la danse. La série n'avait déjà pas grand intérêt, sauf pour les fans de Bruce Lee (dont je fait partie), alors bon courage aux téméraires. Enfin pour les franco-français qui défendent l'exception culturelle française, il vous reste "le dernier Danny Boon" (c'est aussi comme ça qu'on dit dans le nord). Dans tous les cas, moi, je n'écrirai rien sur tout ça, d'ailleurs je ne les ai même pas vus et je préfère rester chez moi. Na !

Donc pour vous faire une idée des sorties actuelles, je vous conseille d'aller voir le FILM SCHOOL THESIS STATEMENT GENERATOR ça vous évitera d'attraper froid en allant chercher le dernier numéro des Inrocks ou de Télérama. La critique est d'aussi bonne qualité, ce sont les trous du cul qui se parfument du cercle qui vous le garantissent. Vous pourrez ainsi sentir l'intelligence et le bon goût, loin de cette fierté d'être ignare que prônent les beaufs (mais qui sont-ils, dans le fond ?).

25 janvier 2011

Menace 2 society - Albert et Allen Hughes - 1993

Pour ceux qui ne seraient pas nés au début des années 80, oui, vous, les vieux, les frippés, les gaufrés, Menace II Society est un film, disons... de genre. Quartier chaud de L.A., violence urbaine, BO west coast et des tas de noirs aux pantalons qui tombent. Quand on regarde ça ado, on se dit "waouh, la grosse claque dans ma gueule ! On élargit son vocabulaire d'argot English grâce au nombre incalculable de "Bitch" et "Nigga". Après un Scarface et ses "fuck" à tire larigot, à 15 berges on se prend pour un caïd. Un film avec du rap, des mecs qui se canardent, ça parle de drogue, c'est un truc de ouf !" et quand on a 30 piges, on se dit "Mais tiens au fait, ça parlait de quoi dans le fond ce film ?" Même si ce n'est pas une référence en soi, le Festival de Cannes, où il avait été repéré, avait à l'époque salué la prouesse de ses deux réalisateurs de 21 ans.

Pour resituer l'action, Caine, jeune lycéen, vient d'avoir son bac et se demande ce qu'il va en faire. Parents morts des travers de la rue, seuls les grands-parents et deux amis (un futur Malcolm X et un joueur de foot, les seules voies possibles ?) le poussent à poursuivre les études. Le temps d'un été, Caine va devoir faire un choix : trainer dehors et vivre la vie presque obligée de son quartier (deal, règlements de compte et violence gratuite) ou faire le réel effort de se couper d'un milieu mortifère et prendre son destin à deux mains. Et puis il y a une petite minette, Ronnie, mi inaccessible, mi salvatrice (Jada Pinket à l'époque où sa pince à épiler ne s'approchait pas de ses sourcils), nana du mentor de Caine, en tôle. Celle-ci lui propose de la suivre et vivre ailleurs. Caine a donc l'embarras du choix. Telle un chant de sirène, la violence et la drogue sont les tentations les plus fortes, celles qui vont le charmer les premières. "On n'échappe pas à son environnement" pourrait être le pitch (la petite phrase d'accroche des affiches de film) du 1er long des "Hughes Brothers". Caine n'a effectivement "qu'à se baisser" en sortant de chez lui. Seringue, "gros fer" (voitures de luxe), junkie, armes à feu et filles faciles, Caine s'essaye à la vie de dealer, beeper en poche (90's oblige, nous avions bien nos Alphapage, Tatoo, Tam-Tam et autres Kobby...).

Tremplin vers une carrière d'acteur pour bon nombre de rappeur U.S (The murder was the case: the movie avec Snoop Doggy Dogg, alors qu'est-ce qu'on attend?), les G-movies ont, comme beaucoup de genres, laissé apparaitre un tas de nanars, pour la plupart disponibles chez nous en "direct to vidéo" pour combler la fascination des fans hardcore de G-funk. C'était l'occasion pour les boutonneux (parle pour toi) que nous étions de découvrir la "street life" comptée par nos rappeurs préférés. Il y avait Original Gangsta (Pam Grier), Above the Rim (Gangball, avec 2pac, dans votre VidéoFutur de l'époque), Sunset Park (connu pour sa B.O immense), Poetic justice (pour les fleurs bleues), The Substitute (avec Tom Berenger, repenti depuis) et son clone féminin Dangerous Mind (Esprits rebelles, sur lequel Coolio nous faisait hocher la tête avec son Gangsta's Paradise, et dont Michel Pfeiffer ne s'est jamais remise) ou encore New Jack City de Mario Van Peebles avec Westley Snipes et Ice-T. Film phare des G-movies qui ont pullulé pendant les années 90, à l'instar de Boyz in The Hood qui révéla John Singleton (Il fait quoi maintenant ?...), Menace 2 Society frappe pour son portrait encore vrai aujourd'hui (voir pire) de la "Ghettoyouth attitude" comme le disent les casquettes vertes des tours HLM. Par exemple, O-dog reste un personnage culte (voir la scène du burger) malgré le surjeu de Larenz Tate. Les femmes, le machisme et la fierté masculine, l'amitié "virile", la mentale, tous les détails de la vie de voyous, de gangster même, sont présents. Le film frappe au visage comme un coup droit "d'Iron Mike" Tyson car dans les gangs de L.A, contrairement aux Affranchis et autres mafias comme on les connait, pour la moindre broutille tout prend une dimension paroxysmique. Le moindre mot de trop, le moindre pas hors des clous se paie cher et sur la place publique. Pour grandir, on doit écraser les autres, si possible en toute impunité et de manière désinvolte, au risque de ce faire écraser soi-même.

C'est peut-être aussi le sort réservé aux Frères Hughes une fois arrivés à Hollywood sur le piédestal cannois. Avec leur jeune âge, les frangins n'ont pas tant brillé par la suite, malgré des projets alléchants (From Hell , adapté du roman graphique d'Allan Moore, rien que ça). Il faudra attendre 2010 et Le livre d'Eli pour les retrouver en forme. Maintenant que le tour de chauffe est fait on a hâte de voir la suite.

24 janvier 2011

Harry Brown - Daniel Barber - 2011

Papi fait-il de la résistance ? Papi peut-il faire la loi comme il l'entend parce qu'il considère que la police est à la bourre ? Papi peut-il vraiment courir après des malfrats alors qu'il a visiblement des problèmes respiratoires ? Papi peut-il entrer dans un squatt de toxicos aux chicos pourris et y passer 10 minutes sans se pisser dessus ? Et bien si votre papi s'appelle Harry Brown, alors OUI. Sauf que dans le film en question, Papi tente de courir après les voyous mais s'effondre, il a beau jouer au costaud, il finit à terre avec des coups de latte en bonus.
Vous l'aurez donc compris, bien que l'on sillonne les terres du GRAND Dirty Harry et de Charles Bronson (Night watch et cie.), notre héros british n'a pas la grande forme, bien que retraité de l'armée. Finalement on peut se dire que ça évite de payer 8 euros  (pour ceux qui allaient au ciné en 1980, après conversion) pour voir Vin Diesel ou Musclor. C'est comme les pubs Dove avec des "filles fortes" ou un JT avec un "beau noir," on se dit "ah bah ça change au moins !"

Au delà du caractère "vigilante movie" apparent, Harry Brown s'avère être un portrait accablant de la montée de la violence dans les cités londoniennes. Le manque d'approfondissement des jeunes cailleras parait presque cliché, le but ici n'est pas de chercher les sources de leurs problèmes mais plutôt de parler de ceux que ça emmerde. Donc Harry Brown est un retraité de l'armée qui n'ose plus prendre le petit tunnel qui raccourcit son chemin pour aller voir sa femme mourante à l'hôpital. Un jour il apprend que son ami, joueur d'échecs, Leo a été battu à mort par les petits zulus du coin. C'est décidé, Harry (clin d'oeil à l'inspecteur Calahan donc)  va s'organiser et botter le fion à ces petits morveux.
L'un des points positifs de ce film, c'est qu'il apporte une bouffée d'air frais face aux grosses machines hollywoodiennes, dans le sens où un mec qui s'enfuit n'ouvre pas une scène de poursuite de 20 minutes et une seule balle tirée suffit pour faire tomber un homme. Pas besoin d'en faire des caisses, quoi. Ça sent davantage la réalité, trait qui convient si bien au cinéma britannique dans son ensemble et que l'on finira peut-être  par reprocher à l'industrie cinématographique d'Outre-Manche (qui as plus de sous et donc propose des productions plus variées avec là aussi des films qui sentent bon le vrai).
Malgré, un démarrage un peu mou, à l'image du héros septuagénaire, le film prend son envol après une scène d'ivresse où Harry retrouve ses réflexes de soldat en croisant un junkie. Comme on vous l'a dit, il était peut-être soldat mais Harry Brown n'a pas la forme d'Usain Bolt mais peut être la détermination de Porter (héros de Payback) et la statégie d'un Batman. Le film nous aspire donc dans une plongée en pleine crasse des "hood" cockneys, dont certaines séquences nous rappellent Se7en. La mise en scène de l'action se répète et l'épilogue sent bon la facilité, mais à part cela Harry Brown parvient à vous emmener à destination et devient un portrait à charge contre le carriérisme des politiciens anglais. Pour nous petits spectateurs français, le parallèle avec les émeutes de 2005 est immédiat et au delà du film politique, il reste un objet intéressant à découvrir.

18 janvier 2011

Mon Oncle - Jacques Tati - 1958

Du haut de mes 10 ans et de ma petite vie bien rangée par ma grosse maman femme au foyer, mon oncle est un bel hurluberlu. Il n'a pas de voiture comme nous et tous les autres nouveaux heureux consommateurs des années 50, mais un vélo (un solex) avec lequel il se faufile dans le trafic. Il ne vit pas dans une maison froide et cubique et tellement design avec tout un tas de gadgets tellement complexes qu'ils en sont inutilisables, mais dans une vieille bicoque tordue dans un recoin de la ville qui sent bon la vieille France. Et puis il n'a pas de travail, c'est pas comme papa, n°1 d'une boite qui chie du tube en plastique à n'en plus savoir qu'en faire.
Chez Tati, il est souvent question de railler les petits travers d'une société qui s'ouvre à la modernité, à la consommation, qui aime se montrer, que tout soit parfait, que les apparences soient sauves (voir la scène récurrente de la fontaine que l'on met en route uniquement lorsque des étrangers passent le portail !).
Le film suit donc les aller-retour de l'oncle (Tati lui-même) de chez lui à chez sa sœur (la dondon de la maison Le Corbusier), en passant par l'école du petit Georges, l'usine de papa et le quartier franchouillard où les enfants font des crasses aux passants. Toujours est-il que sous la comparaison sympatoche, le portrait sociétal, bah on se fait un peu chier. On baille aux corneilles, même. Tati a beau être cité et récité à tort et à travers (chez Jeunet, Ozon, dans les Triplettes de Belleville ou plus récemment l'Illusionniste) son œuvre sent la poussière de grenier. Il n'en reste qu'une poésie naïve, centrée sur M. Hulot, qui fait sourire souvent, rire parfois. Mais le discourt franchouillard et manichéen du Frigidaire VS la cave à vin laisse de marbre. L'absence de péripéties (c'est du 100% cinéma français, j'vous le garantis ma p'tite dame) laisse le récit creux et le spectateur loin des préoccupations des personnages (mais en ont-ils d'ailleurs ?).

Mon oncle et l'œuvre de Tati dans l'ensemble restent à découvrir (les dimanche de pluie en faisant du tricot), au moins pour son audace visuelle, ce qui le démarque de beaucoup de ces semblables.

5 janvier 2011

Faites le mur - Banksy - 2010

A la base,  Exit through the gift shop (titre ô combien plus évocateur du contenu que sa version française : Faites le mur) est un documentaire sur le Street Art. Inutile de vous rappeler (phrase purement rhétorique pour introduire le fait qu'on va quand-même le faire) que le Street Art rassemble aussi bien le graff à la bombe ou au pochoir, que le collage ou l'installation et tout ça sous la bannière de la gratuité et de l'illégalité (malgré la beauté ou l'intérêt culturel et agitateur évident de nombre de ces œuvres).
Dans tout ce bazar, il y a un grand nom, Banksy, auteur de pochoirs inspirés sur le mur de Gaza, artiste ayant remplacé des albums de paris Hilton par des copies presque conformes, et ici, réalisateur du documentaire. Réalisateur, instigateur, manipulateur ? Le terme reste à préciser, puisque son film soulève mille et une questions.
Tout commence par un plan sur Bansky, visage dans l'ombre, nous expliquant qu'il nous emmène à la rencontre de Thierry Guetta, un hurluberlu (dont l'accent français est à trancher au couteau) qui passe sa vie à filmer les autres. Le Street Art et quelques uns de ses grands acteurs en toile de fond, le film suit l'itinéraire de ce Guetta, du moment où il commence à côtoyer le milieu jusqu'à son expo pharaonique à L.A. C'est un portrait qu'aucun Street Artist ne voudra cautionner, puisque Guetta fait l'impasse sur tout : sur la création, le travail, l'implication personnelle, la recherche, la lente construction d'une identité artistique. En sortant du film, on se dit, mais merde, il est sympatoche, mais il est quand-même abusé ce Thierry Guetta ! Pour couronner le tout, les œuvres du Street Artist autoproclamé se vendent plusieurs milliers de dollars, la critique s'enflamme, le public se rue.

Brûler toutes les étapes nécessaires à l'éclosion d'un artiste (voire d'une identité, d'une patte...) pour atteindre directement gloire et reconnaissance, jeter l'art de rue en pâture aux spéculateurs et collectionneurs, c'est bien là le mal de notre société, et sans doute celui que Banksy et ses acolytes ont voulu mettre en avant. Reste à savoir maintenant quel est le vrai du faux, face à ce docu qui mène le spectateur par le bout du nez : tous les personnages, Banksy le premier, sont-ils complices de Guetta ? Son expo, le docu sont-ils en eux-mêmes une œuvre de Street Art, qui dénonce, qui malmène, qui interroge ? On aimerait bien croire que oui !

Mais qui est ce Thierry Guetta? Un Français, aux favoris qui font pâlir de jalousie un Wolverine métrosexuel, installé à L.A qui a fait son beurre en revendant des fringues nases (de son propre aveu) aux bobos locaux (Hipsters). Comme expliqué plus haut, il est devenu vidéaste amateur, véritable témoin du Street Art avec ses milliers d'heures de rushs dont il ne fait rien. D'après ses dires, Banksy le pousse à en faire un film et Thierry finit par prouver qu'il est un excellent monteur de bande annonce d'1h30, mais pas pour autant réalisateur. Toujours d'après le film, étant frustré du film de Thierry, Banksy le poussa gentiment à devenir Street Artist. Pendant ce temps, Banksy récupère tout les rushs de Thierry pour en faire le film qui nous est projeté. Pourquoi répéter "d'après le film" ? Simplement car Thierry "Mr Brainwash" Guetta a tout d'un "fake", d'un personnage fictif, mais le mystère reste entier. Son expo à bien eu lieu, il a bel et bien fait la pochette d'un best-of de Madonna, il donne des interviews où il la fait à l'envers aux journalistes, etc. En gros, Mr Brainwash semble tellement se moquer de l'establishment (qui le met sur un piédestal), il est tellement "bigger than life" qu'on soupçonne Banksy de nous faire un happening, une œuvre éphémère, ou tout ce que voudront bien inventer les "spécialistes" de l'art, qui se trouvent être les premier bernés.

Exit through the gift shop ose finalement poser la question de "est-ce que des Thierry Guetta-like sont des artistes ?" à une époque où la pensée unique tenterait d'élargir cette définition à tous les wannabe nouvelle star, acteurs et autres Shirley et Dino... Comme si on pouvait comparer Mozart à Nolwenn Leroy ou Picasso au coup de crayon d'un gosse de 4 ans...

29 décembre 2010

Bilan de l'année 2010

Par ce temps glacial, les tibes que nous sommes vont entrer en hibernation. Nous vous laissons ici un petit top 3 des films qui nous ont plu en 2010, que l'on vous recommande pour 2011 si vous les avez loupés.

Tati Bamboo
On nous as promis du grand cinéma en 3D, mais en dehors d'Avatar on n'a rien trouvé de potable. Quoi qu'il en soit, le retour d'auteurs comme David Fincher (qui avait un peu déçu avec Benjamin Button) ou Gaspard Noé (qui, depuis Irréversible, s'est fait attendre comme ma mère pour sortir en famille) confirme qu'il y a encore des enfants terribles sévissant sur pellicule et moi j'aime ça !

1. The Social Network de David Fincher
En voilà un film qu'il est sophistiqué, tellement que le scénario il est bien écrit, tellement que les acteurs sont doués, tellement que le réalisateur maitrise sont sujet. Sans envier l'Avatar de James Cameron et son statut de Classique du 21ème siècle, The Social Network est résolument LE film sur la "génération facebook", le geek-power, en somme les rois des 50 prochaines années. Rien que ça!


2. Inception de Christopher Nolan
Digne héritier de Georges Méliès et ses adaptations de Jules Verne, Christopher Nolan visite nos rêves, les met en images, nous ébahit et use de son cinéma pour détourner notre attention et nous mettre ses propres doutes dans la tête. Du grand art.

3.Enter the Void de Gaspard Noé
Délire hallucinogène pour certains, merde sans nom pour les plus radicaux, avec Enter the Void, Gaspard Noé prouve encore qu'il sait faire parler de ses films. Sa mise en scène, franche, parfois crue, ne laisse aucune échappatoire à son spectateur (ce qui semble déranger certains). Papa Noé nous parle de choses simples, la vie dans toute sa beauté et sa cruauté. Il est certainement, aujourd'hui, le plus poétique et onirique des cinéastes français (contrairement aux 80% de feignants, de bobos et autres fils de... qui occupent la profession dans l'hexagone) sorte de Terrence Malik punk! Moi j'aime ça!


Tati Bamberne
Aimerait décerner la Palme (du nageur cul-de-jatte) à Inception. Véritable bijou cinématographique, casse-tête intellectuel comme visuel, le spectateur passif n'a pas sa place dans la salle.  En prendre plein les yeux, c'est bien là l'intérêt de ce medium ! L'année a clairement été marquée par ce succès au box-office dont la complexité à créé la polémique. Si vous n'avez rien compris, prenez la peine de revoir ce film au calme, avec du pop corn maison.



Pour 2010, Tati Bamberne aimerait remettre également deux prix de la poésie cinématographique à Bad Guy (Kim Ki-Duk) et Biutiful (Alejandro Gonzales Inaritu) qui bien qu'imparfaits restent tout de même construits sur de belles idées, dont le cinéma mondial n'accouche que trop peu à mon goût. Quand les sentiments humains les plus simples (l'amour, le désir de vivre) sont bien mis en image on peut éviter la facilité du pathos, même pour montrer des choses atroces ou dérangeantes.
Et big up à la Corée du Sud qui sait accoucher de tant de bon films.

28 décembre 2010

A Bout Portant - Fred Cavayé - 2010

Jadis, en France, (snif, snif, ça sent Amélie Poulain) nous étions fiers des polars, un genre bien de chez nous, (comme la saucisse) à ne pas confondre avec le film (ou le boudin) noir. Où à l'appel de noms comme Melville, Clouzot, Sautet ou encore feu monseigneur Corneau, nos pères trépignaient devant la porte (ou leur canapé), enfilaient leur gabardine, leur Borsalino et fumaient une clope le temps du trajet pour le cinéma au volant de leur Peugeot 309 (oouuhh, je sens qu'il y avait du mafieux dans la famille...). Puis 20 ans de silence (shuuut). Aujourd'hui des canards boiteux comme Olivier Marchal (et ses scénarii bons pour les Feux de l'amour) ou autres Lucas Belvaux et ses intentions auteurisantes ronflantes à souhait tentent de raviver le genre. Mais voilà qu'après la leçon d'Un Prophète, un autre talent revient à la charge pour enfoncer (boum) au bélier (bêêê) la cellule (klang) du polar français (babebibobu).

Fred Cavayé (parent de Roger Cavaillès ?) prolonge l'aventure Pour Elle, avec cette fois-ci le marathon A bout portant. Samuel (Gilles Lellouche), futur papa et jeune infirmier, voit sa femme se faire enlever sous son regard impuissant (oui, dans les vaps après un coup sur la cafetière, on est effectivement impuissant). Il doit faire sortir de son lit de convalescence, Hugo (Roschdy Zem), un bandit de grand chemin (de grand chemin ? Ah ouais ? avec un balluchon et des godillots troués ?), s'il veut revoir sa femme. La problématique est très simple, très forte, comme dans Pour Elle (dont Paul Haggis, Collision et Casino Royale, sort le remake, Les 3 prochains jours, au même moment) et Cavayé nous tient en haleine pendant 1h30. Pourquoi il réussit là où d'autres pataugent ? Parce qu'il digère très bien ses références françaises et américaines (Die Hard, Ennemi d'État...). Il parvient à faire ce lien entre le polar franchouillard avec ses tronches (Lanvin est nickel) et l'action "hard boiled"  (je préfère l'action à la coque, s'il-vous plaît) des films US et Hong-Kongais des années 80-90. Fred Cavayé fait donc preuve d'ouverture et d'amour du travail bien fait (à commencer par le scénario), dans un cinéma d'action français ou règnent les bessonades (alors c'est l'histoire d'un chinois, qui protège une pute et qui roule en Audi) et les polars nombrilistes (Un nombril a 24 heures pour retrouver le cordon qu'il a perdu à sa naissance). Cet Apocalypto urbain (ha, carrément ?) évite tous les clichés et autres passages obligés des films de cavale et se conclut dans un final tendu (doing) mais étonnant par sa sobriété.

A bout portant étonne par son efficacité, son rythme et la qualité de sa réalisation. Ce qui pouvait sembler irréel pour une production hexagonale, est démontré avec brio par Fred Cavayé, comme le fit jadis Florent Siri avec son Nid de guêpes. Espérons que les producteurs auront retenu la leçon et cesseront d'accorder du crédit à des cloches qui ne jurent que par le "refus du spectaculaire" (Truands) dans des genres populaires, avec des histoires inspirées de faits d'autant plus spectaculaires.

Pour clore ce billet, j'aimerais remercier Tati Bamboo d'avoir effacé mon billet initial lors d'une manipulation quelconque. 

27 décembre 2010

Scott Pilgrim - Edgar Wright - 2010

S'il y a bien un scandale à retenir cette année, ce n'est ni la marrée noire BP ou l'affaire Bettencourt (ou encore l'interview présidentielle de décembre) mais bel et bien la distribution de la comédie de l'année (heu, j'ai l'impression que vous oubliez de nommer les Petits mouchoirs, ça c'était une bonne comédie) Scott Pilgrim. Adaptation de la dernière BD dans le vent, chez les geeks, Scott Pilgrim est la dernière pépite de l'Anglais Edgar Wright (il n'a jamais tort dans les pays anglophones), responsable des barres abdominales que sont Shaun of the Dead et Hot Fuzz. Wright abandonne ici son duo fétiche, Simon Pegg (un cochon) et Nick Frost (un bonhomme de neige), pour nous narrer les péripéties amoureusement pixelisées de Scott Pilgrim. Bassiste d'un groupe de jeunes clampins (les Sex bo-bombs), geeks jusqu'aux ongles, la vingtaine, Scott est un bourreau des cœurs (à le voir on a du mal à le croire mais comme les geeks sont très à la mode de nos jours...), sans travail, ni appart, squattant le lit d'un gay loufoque (juste en face de sa maison natale). Alors qu'il commence à se lasser de sa dernière conquête, une lycéenne asiate groupie number ONE du groupe, Scott a le coup de foudre pour Ramona et sa teinture mauve (Y a du Gondry dans l'air). Il va tenter de jouer au polygame (avant de passer aux polygones (ou au popolypopouette)) jusqu'à ce qu'il découvre la malédiction portée sur Ramona. Scott doit se débarrasser des 7 ex-boyfriends maléfiques de sa girlfriend, qui sont de surcroit une troupe de gros nazes aussi prétentieux qu'égocentriques, interprétés à juste titre par des cabotins (cabotins ? ah oui ?) d'Hollywood (Lucas Lee (encore un Chinois, sans doute), vu en Johnny la torche (il prend feu quand il s'énerve ?) dans les 4 fantastisques et prochainement en Captain América ; Brandon Routh (rousse ?), vu dans THE MAN EN SLIP, Superman returns) castés pour s'autoparodier. Entre les 7 salopards de Ramona et ses propres ex-girlfriends Scott doit donc péter le score et éviter le GAME OVER.

Au delà d'une simple adaptation de Comics, Scott Pilgrim fait partie des rares films ayant su adapter au cinéma l'univers et l'esprit des jeux vidéo, contrairement à toutes les adaptations sorties par le derrière que l'on nous propose depuis presque 20 ans. A l'instar des frères Wachowski (la saga Matrix et notament Speed Racer), Edgar Wright réussit son pari en offrant un film assumant franchement son caractère geek, usant de tous les codes visuels propres aux comics et aux jeux vidéos old school (Mario Bros., Street Fighter II...) ce qui permet d'ouvrir le film à un plus large public, sans jamais mépriser son spectateur ni son récit. On assiste donc à un spectacle très frais, drôle et  jusqu'au boutiste ce qui est encore plus rare dans une comédie. Wright multiplie des références bien digérées et transcende les codes narratifs du jeu vidéo sur sa pellicule. Scott récupère ici des atouts après chaque victoire (1 Up), lui permettant d'avoir plus de facilités face au boss de fin (Bowser qui lance des marteaux) (le climax du film donc). En attendant le DVD (le film n'est plus en salles, merci Universal pour votre dist(r)ib'), Tiborama vous offre un petit échantillon du travail d'Edgar Wright sur Spaced, sa série d'antan, où il laissait préfigurer ses ambitions ciné-vidéoludiques en cliquant ici. (clicolic)

8 décembre 2010

Breves de Décembre

Le Guet-Apens - Sam PECKINPAH - 1972 - Double Tib **

McQueen & Sam Peckinpah, what else ? Mêler une intrigue de film de braquage à un cas de divorce façon Bonnie and Clyde en mode je t'aime moi non plus, semble être un pari réussi pour Sam Peckinpah. Le thème de la famille est au cœur de cette chasse à l'homme, ce qui pourrait dérouter. Loin de l'approche du clan à la Coppola, Peckinpah agrémente sa cavale, du retour au lit conjugal d'un ex-détenu en perte de repères. Un must qui rappelle que le film d'action n'est pas un sous-genre, contrairement à ce que nous laissent croire les tâcherons responsables de
Braquage à l'italienne (Millésime 2003), Jason Bourne ou autres 60 secondes chrono (Millésime 2000, oui encore un mauvais remake)...
OUTRAGE - Takeshi KITANO - 2010 - Juste Tib * (pour elle); Double Tib ** (pour lui)

Des Yakuzas, des hommes d'un autre âge (comme la mise en scène, fait gaffe tu risques la contradiction), des trahisons à en perdre la tête (allez reconnaître un chinois d'un autre chinois... pour les amis de Marine), la fin d'une époque et l'avènement d'une aire nouvelle pas franchement florissante. Sur le papier c'est du Kinji Fukasaku, (branlette, spéciale Cahiers du cinéma... si ils le connaissent...) mais Kitano revient, dans un hommage à ce même Kinji, qui l'a fait passer derrière la caméra il y a plus de 20 ans. Nouvelle équipe technique et nouveaux visages, l'accidenté nippon revient sur ses terres, sur ses thèmes (les soins dentaires en milieu mafieux), avec un nouveau gang donc. Le film laisse une impression de déjà-vu (ou de somnolence), mais ce rafraichissement artistique et thématique ravit le gourmand de tatouages (10 secondes dans le film, mais des beaux, c'est vrai), de phalanges (coupées) et de grossièretés nippones que je suis. Un film de mâle (déviant ?) diront certaines (non, je dirais juste chiant) ou de bon Clint Eastwood à l'ancienne. Pour les fans de crevettes négligées from Paris, c'est juste en dessous.
L'homme qui voulait vivre sa vie - Eric LARTIGAU - 2010 - Juste tib (et demie)*

Tout commence par un film de bobos (again and again). La vie de famille de Paul Exben et de son épouse (Foïs, encore !) fout le camp, elle finit par demander le divorce. Suite à un malentendu gestuel en forme de tesson de bouteille, le voisin-amant meurt... Paul profite de l'occasion pour rebondir à coup de fausse mort en bateau et partir "vivre sa vie" (on the road... ) sans trop de remords sous l'identité  du voisin congelé (premier contrepied du "film français" habituel, qui choisit soit la comédie, soit le drame, soit la copie de nouvelle vague, soit le film de flics). Le premier tiers du film est passé. Changement total d'ambiance et de décor, Paul commence sa carrière de photographe en Europe de l'Est. Il y fait des rencontres (Niels Arestrup, toujours aussi bon). Même si le côté  je change de vie, je suis un homme nouveau dans mon gourbi grâce aux vraies gens que je photographie  est un peu convenu, la tension  présente tout au long du film (peur d'être démasqué, poursuivi pour usurpation d'identité ou meurtre) sans être écrasante a au moins le mérite d'être bien pesée. Puis le succès rattrape Paul, mais c'est embêtant vu qu'il est mort, haha ! Nouveau virage pour le film, Paul doit fuir... comme la fin du film : spectateurs, imaginez la suite comme vous voulez... (ou pas! en évitant cette pellicule française, tellement comme les autres)

La vida loca - Christian POVEDA - 2009 - Double tib **

Portrait d'un gang du Salvador où l'espérance de vie dépasse rarement les 30 ans. La vida Loca se passe de tout commentaire et de tout entretien avec ses protagonistes pour narrer le quotidien des membres de la Mara 18, un gang tentaculaire fondé par d'anciens membres de gangs latinos de L.A, rentrés au pays après avoir été expulsés. La Mara 18 s'étend aujourd'hui sur toute l'Amérique centrale. Femmes et enfants sont également des membres à part entière de cette entité. Des visites chez le juge à la réinsertion dans une ONG (agréée par le gang), en passant par les tatoueurs et les visites chez le chirurgien ; ce seront surtout les nombreuses veillées funéraires qui rythmeront ces 90 minutes d'immersion au cœur d'un monde ou la vengeance est la seule raison d'être. Par ses partis-pris, le film ne tombe ni dans le racolage ni dans la fascination et reste au plus près du sort de ses protagonistes. A sa sortie, le film c'est vu offrir une promo des plus froides, à l'annonce du meurtre de son réalisateur, assassiné par la Salvatrucha, le gang rival. Le film ne profite pas de ce statut posthume mais sa structure rappelle sans cesse cette vengeance aveugle qui anime les gangs.


Sin Nombre - Cary FUKUNAGA - 2009 - Double tib **

Sin Nombre et La vida loca sont cousins germains. Réalité contre fiction. Ici, il est toujours question d'une Mara, cette fois c'est la Salvatrucha, ennemis jurés de la Mara 18. Gueules et corps tatoués, on initie des enfants au maniement des armes et à la fraternité à toute épreuve. D'un côté, la caméra suit un jeune membre du gang, Casper (et son mini bras droit Smiley), en prise avec la dureté de la vie dans la Mara et l'impossibilité d'y vivre une vie normale. De l'autre, Sayra tente le voyage clandestin vers les USA avec sa famille. Tous deux se rencontrent sur le toit d'un train traversant plusieurs pays. Le rythme est là, le scénario est simple mais efficace, côté technique, rien de mirobolant, mais c'est tant mieux (il ne faudrait pas avoir peur de faire un grand film). L'humanisme règne, la volonté de vivre, libre, amoureux, avec les gens qu'on aime, sans violence, traverse l'écran et les personnages. Fuir sans cesse pour éviter la mort (côté Casper), fuir sans cesse pour éviter l'Immigration (côté Sayra), ils finissent par fuir pour être ensemble. Malheureusement pour Casper, on ne quitte la Mara que mort. Un conte humain, quoi... (Merci pour le spoil!)

30 novembre 2010

The Inside Job - Charles Ferguson - 2010

Si vous avez loupé les cours de finance de votre cursus universitaire CIPAV+5 et que vous souhaitez vous informer d'une nouvelle manière dont les gros poissons nous bouffent, nous les petites crottes de l'océan, The Inside Job est un résumé très concis de la vie de requin en milieu financier. Mis à part de sombres tableaux tentant de m'expliquer le fonctionnement des CDO et autres créances toxiques basées sur du vide, j'ai personnellement pas mal apprécié de savoir qu'Obama a repris exactement les mêmes mecs (présents depuis 30 ans) que les gouvernements précédents, oui, ceux qui ont œuvré pour que le marché ne soit surtout pas régulé et qui sont pour certains les anciens dirigeants des boites incriminées... Sick sad world, yes we can ! (ça peut être pratique pour ceux qui ne lisent pas la bonne presse... tout le monde... ah merde... tu m'étonnes qu'on en soit arrivé là)

Inutile de vous dire que y avait du costard à tous les étages et de la cravate rayée à foison parmi les intervenants, comme cette parfaite tête de tib que vous pouvez voir ci-contre. La bafouille, le cafouillage, le déni, la suée du front, la langue de bois, le mensonge pur et simple ou le détour grotesque vers un autre sujet étaient de rigueur face aux questions directes du réalisateur, ce qui facilitait grandement l'aversion envers les méchants.

Ensuite, pour changer de sujet, tout en restant dans la même bassine d'eau croupie, j 'ai entendu ce matin aux infos que le déficit de l'Etat français est noté AAA (indice de sécurité le plus élevé sur les marchés financiers, indiquant qu'on peut investir sans craindre de perdre ses billes en or), mais il se trouve que, hasard des coïncidences, The inside Job nous montrait justement combien les organismes de certification étaient verreux comme des vieilles pommes flapies et totalement en bizbiz avec les boites qui se faisaient du fric sur des créances pourries (comprendre alors un déficit français pourri?).

A part ça, DSK et Christine Lagarde font vraiment honneur à la langue de Shakespeare, ça change du nabot gesticulant si franco-français-doyouwantmetogobacktomyplane-casse-toi-pauv'con. Passées ces quelques éloges, The Inside Job se présente, formellement, comme un vulgaire powerpoint de congressiste en nœuds serrés pour neuneu wannabe smart butiwillvotesarkozyagain. La musique omniprésente est encore plus saoulante qu'un concert d'ascenseur de Richard Kledermann et la pauvreté en images d'archive se voit compensée par des plans en hélico sur les tours de verre de la finance américaine (sur deux heures, ça finit par gonfler). Le seul point fort du film est que le réal est si bien documenté qu'il ne se fait avoir par aucun de ses interlocuteurs ; autrement les informations powerpoint sont si lourdes en sigles et le parcours fléchés sinueux qu'à la sortie on ne retient rien... Ah si, "ils sont tous pourris". Car finalement c'est la seule motivation du réalisateur : nous dresser un portrait racoleur de ces financial dumbs, façon Zone interdite. "EN EXCLUSIVITE": une maquerelle de wall street se confie..." pour nous dire quoi ? Les banquiers et les traders dépensent des fortunes en putes, coke et gogo gadgets... Quel scandale... C'est pour cela qu'ils ont fait joujou avec l'argent. Encore une fois, Ferguson était si bien préparé qu'il pouvait se passer de ce détail. Il nous explique à nous les Européens (entre autres) que nous avons su appliquer les mesures adéquates face à la crise, contrairement à Obama. Ferguson a rêvé, mais il y croit. Puis enfin il tente de nous ramener sur le campus des grandes facs américaines pour dénoncer la corruption des profs, qui touchent des "à côté" astronomiques et mettent de la merde dans la tête des étudiants les plus favorisés. Contrairement aux pauvres (que l'on entend peu dans le film) qui ne peuvent plus aller à l'école.

Alors pour nous consoler avec un plan tournoyant (à la Michael Bay) sur la Statue de la liberté au levé du jour, Charles Ferguson nous rappelle, assisté de la voix pleine d'espoir de Matt Damon, qu'en s'accrochant on va y arriver et que c'est un combat qui vaut la peine d'être mené... Oui... mais lequel ? Et comment ?...

22 novembre 2010

Biutiful - Alejandro Gonzales Inaritu - 2010

Bon, si j'ai bien compris, Biutiful c'est l'histoire d'une petite souillon avec des dents de cheval qui sait pas écrire correctement B-E-A-U-T-I-F-U-L et de son papa qui sait pas s'habiller par manque de goût. Sinon, on peut aussi se dire que Biutiful est un très beau film sur tout ce que Barcelone peut compter de paumés en quête d'une vie meilleure, ou tout simplement d'une vie. Comme dans une pub Benetton, on y croisera donc des Chinois (à dos de machine à coudre), des Sénégalais (à dos de faux sacs Vuitton cousus par les précédents) et des Espagnols (à dos de Chinois ou de Sénégalais).

Dans ce méli-mélo ibérique à la sauce Klapish dégénérée (c'est mieux que du Klapish), Inaritu filme les difficultés d'une vie en marge de la société : élever seul deux enfants quand leur mère est bipolaire et complètement irresponsable, gérer/exploiter ? une armée de petits Chinois casés dans un vilain entrepôt, courir après les vendeurs à la sauvette, eux-même coursés par les flics qui disent ne pas avoir reçu des pots-de-vins suffisants pour fermer les yeux... C'est l'éternel recommencement, l'argent circule chez les intouchables, comme il circule dans les plus hautes sphères, mais dans des proportions bien moins remarquables. Tout le monde veut sa part du rêve occidental, une vie normale, une famille heureuse.

Uxbal (le personnage joué par Javier Bardem) est ce père de famille qui dit aider les populations en détresse en leur fournissant finalement une activité une fois arrivés sur leur nouvelle terre d'accueil. Il navigue à l'aveuglette entre sa femme, ses gosses et ses diverses activités de businessman du marché noir. Sa vie, et ce qui l'entoure, est purement crasseuse, insupportable, malsaine, pourrie jusqu'à l'os... et pourtant ce n'est pas du tout ce qui ressort à l'image. Inaritu transmet une émotion qui n'approche jamais le pathos. On y trouve de l'amour, beaucoup, de l'espoir, de la compassion, de la solidarité, de l'entraide, de la douceur et ce malgré la fin tragique de pas mal de personnages... hhhuuuuuuu (la meuf de Bardem dans ce film, elle est moche... mais d'une force! Tu m'étonnes qu'après il a le cancer de la tib).

Malgré une idée super intéressante (filmer des bas fonds sans tomber dans le film de gangsters ou le docu-fiction façon TF1... ouais Inaritu, il regarde trop pas TF1) très joliment traitée du début à la fin et un scénario qui tient tellement bien la route, le seul point noir du film reste sa LONGUEUR ! Putain que c'était chiant !! Mais c'est trop dommage quoi !! PUTAAIIIINNNN ! Pourquoi Inaritu traverse-t-il la même crise d'égo que Tarantino ou Wong Kar-Wai... Le Soleil de Cannes l'aurait, lui aussi, rendu fou? La surabondance de lumières fluo et de romantisme trajiconsenfou chez le Taïwanais ; les blablas et bavardages lourdingues qui plombent les films du geek du Tennessee, maintenant c'est au tour de notre mexicain préféré de se plomber l'aile avec un trop-plein d'humanisme sur-justifié. Biutiful ou comment abuser d'un très bon chili... ben oui au bout d'un moment ça fait...(je ne cautionne pas la fin graveleuse de cette critique...)

18 novembre 2010

Belle Epine - Rebecca Zlotowski - 2010

Aux USA, on a le "teen movie" (tib movie ?) et son humour graveleux (prouts, nibs et autres tib en liesse). En France, on propose un autre genre bien à nous, le "suicide teen movie". On a eu, Les coprs impatients (j'ai un cancer), Hell (je suis un gosse de riches), Des Filles en Noir (je suis gothique) et vient maintenant s'ajouter Belle Epine (ma mère est morte). Ce que j'appelle "suicide teen movie" (le nom n'est pas encore déposé), ce sont des films qui vont à contre-courant d'Hollywood (et ses jeunes à dents blanches) en nous présentant  des ados en perdition, voire suicidaires car "c'est la réalité, c'est tellement vrai, ça triche pas quoi" (ouais, y a de l'humain) (remarquez la triple répétition). Mais le mot à sortir si vous aimez briller en soirée (chez l'ambassadeur, par exemple ?) c'est "Bouleversant" (cf. le commentaire d'un fan sur la page Youtube du distributeur du film).
Cliché quand tu nous tiens... Il faut le savoir, pour faire du cinéma "d'auteur" (tu as vu le plafond, Anja ?) en France il faut :
- être tendance (en lisant Grazia ?), ici le style est plutôt vintage, normal c'est la fin des 70's ;
- donner l'illusion d'une narration dispersée mais maîtrisée, le film est surtout très linéaire (ce qu'on met au fond des piscines, donc) ;
- rendre hommage à la nouvelle vague (splish), entre l'emploi de la caméra à l'épaule et les jump-cut (follow the lida, lida, lida, follow the lida) inutiles (censés faire office de faux-raccord) le film donne même l'impression d'être d'époque tant la mise en scène est lourdingue (vous vous souvenez de Nathalie, la méchante d'Hélène et les garçons ? bah ça fait pareil). Bien entendu, tout ceci restera formel et n'apportera rien à l'histoire ni au propos. Les 70's ne sont qu'un cadre, rien de vraiment personnel à la réal' puisqu'elle n'était pas née ; le style nouvelle vague n'a rien de très frappant : tout ça semble plus tenir du simple choix artistique.
Donc Belle Epine, c'est l'histoire de Prudence qui vient de perdre sa mère et qui se retrouve seule à la maison. Un jour elle regarde le 13h de Pernault (avec une choucroute sur la tête et des grosses pattes donc (oué, ho, tu pousses un peu, là)) et découvre que pas loin de chez elle, au circuit de Rungis, il y a des jeunes motards intrépides (hhuuuu avec des culottes de cuir ?) qui frôlent la mort dans des courses nocturnes. ATTENTION : gros plan visage sur Prudence et on monte le son en OFF de la voix du présentateur sur le mot MORT. C'est décidé, Prudence ira mourir à Rungis. Pour ce faire, elle se fait une nouvelle amie (tellement moche, rho la la) qui fricote avec les motards, mais pas trop non plus, c'est une sœur qui se respecte. L'inverse de Prudence donc qui va tourner entre 2 bikers (c'est pire qu'un geek ?).
Prudence ment à tout le monde, fait la gueule en continu (Lea Seydoux monomaniaque) mais souffre tellement à l'intérieur. La seule personne à le voir ben c'est la réal', oui m'sieur 'dames c'est un film où "la caméra est acteur, seul témoin qui suggère le malaise intérieur de Prudence", c'est tellement auteurisant. Le film n'offre aucune plongée (toute façon, dans les années 70, y avait pas de palmes). La famille juive de Prudence ne nous est présentée qu'en un vulgaire cliché entre un fils homo (mais à kippa) qui répond à son orthodoxe et donc violent papa. Le milieu des motards, ben c'est des mecs qui portent des blousons en cuir, qui boivent des coups dans des vieux rades, qui font la course la nuit et qui tombent à moto (tu voulais quoi, qu'ils citent Kirkegaard ?). Du cliché ! "Mais non, c'est pour centrer le film sur le personnage" qui n'est qu'une ado qui sèche, qui ment, qui fume, qui se fait dépuceler et qui veut mourir. Du cliché ! Le film n'approfondit pas plus. 
 En somme, on ne demande pas à un premier film d'être parfait, ce que l'on peut attendre c'est de la singularité, dans le point de vue, le style ou autre... qu'importe. Ce que l'on veut c'est de la fraicheur, pas que l'on nous sorte les vieux camemberts pourris d'un cinéma passéiste. On a le droit d'aimer des auteurs et de les citer, mais les singer... Happy Few a au moins le mérite d'essayer (les scènes de la farine ou des BoboIphone), The Town réussit au moins à accrocher le spectateur, Belle Epine.... rien, juste des scènes d'une mollesse (oui, le plafond est très présent, Olav) et d'un manque d'audace tel qu'on en finit par avoir des raideurs dans le dos et comme une envie de se lever. Voilà un film qui fait semblant d'avoir des choses à dire... et des choses personnelles en plus.

17 novembre 2010

Les petits mouchoirs - Guillaume Canette - 2010

Bienvenue dans le grand quizz des Petits mouchoirs ! Allez, on fait tourner les serviettes !!
Première question : pourquoi aller voir ce film ?
Parce que les autres séances sont complètes.
Deuxième question : pourquoi rester pendant les 2H30 ?
Merde, là j'avoue je sais pas... parce qu'il pleut dehors ? Mais non, mais non, c'est juste pour pouvoir chier à nouveau sur le cinéma françaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiisss !!
Troisième question : dites la vérité ! Pourquoi être allé voir ce film ?
Bon, ben... parce que....
Dès le début Jean Dujardin ferme sa gueule, définitivement et ça fait un mauvais acteur en moins. Parce que François Cluzet joue un connard de première et que c'est trop rare dans le cinéma français, surtout un personnage de cet âge là (Bacri, Lanvin et consorts...).
'Puis quand on ne sait pas écrire un film, on case tout n'importe comment, les personnages disent et font n'importe quoi dans les 5 premières minutes pour qu'on sache qui c'est quoi. C'est un film produit par Luc Besson donc c'est l'histoire d'un mec qui veut retrouver une pute, en faisant des allez-retours Paris-Bordeaux en Audi. C'est génial car cette fois le héros pleure sur la route alors il prend ses petits mouchoirs dans sa boite à gants.

Plus sérieusement c'est un super film (4 millions d'entrées à l'heure où j'écris, quand-même, comme Terminator 3 ou Pearl Harbour... on pleure aussi donc), parce que le plan en hélico sur la dune du Pyla est trop beau. Le bateau de Max (Cluzet) qui s'appelle Max (car c'est un beauf  de droite) est trop beau. Comme l'écran plat Philips dans la maison, la maquette du bateau dans le salon et la maison elle-même. Elle est chouette, elle est en bois avec une très belle vue sur la mer. Mais Les Petits Mouchoirs, c'est aussi un film trop subtil sur les sentiments. Quand tu vis des moments tristes et que dans ta tête tu commences à entendre un morceau de soul US des années 50 que même toi tu connais pas, c'est trop beau. Tu sais quand ton copain te dit j'ai mal et que tu lui réponds j'm'en fous, j'vais à la plage après il meurt par surprise et toi tu pleures, ben c'est que t'es trop méchant, t'es un con égoïste. Et puis il y a un pêcheur de moules qui te fait la leçon, alors toi tu te dis qu'au lieu d'aller vivre sur Paris et te la péter t'aurais mieux fait de vivre d'huitres et d'eau fraiche.

Guillaume Cannet réussit ce que personne n'avait jamais fait auparavant, faire un film sur ce doute existentiel que l'on a tous à l'adolescence : "...s'il m'arrive un truc, qui sera là, auprès de moi ?..." Le problème est que le père Cannet a 37 ans et que son film ne va pas plus loin. En d'autres mots, voilà encore un film révoltant par sa platitude, la banalité de son propos, le grotesque convenu de sa mise en scène, son pathos tire-larmes et sa fausse morale pour spectateur lobotomisé par des années de Louis la Brocante.

MERDE !!